Ave Maria - G.Caccini

Qu’est-ce que la doctrine du Règne social de Jésus-Christ?

 En un mot, cette doctrine signifie que Jésus-Christ est Roi de droit et de fait de toutes les nations et que celle-ci doivent donc reconnaître cette royauté et s’organiser sur la base de ce principe pour y conformer leurs institutions et leurs lois. C’est l’idéal qu’a suivi le Moyen Âge et qui commencé à être abandonné avec la révolte des empereurs d’Allemagne et de Philippe-le-Bel en France.

Le pape Léon XIII résume cette doctrine ainsi :

« Celui qui est le Créateur et aussi le Rédempteur de la nature humaine, le Fils de Dieu, est le Roi et le maître de l’univers et possède une souveraine puissance sur les hommes soit pris séparément, soit réunis en société. La loi du Christ doit donc avoir une valeur telle, qu’elle serve à diriger et à gouverner non seulement la vie privée, mais aussi la vie publique… » Encyclique « De Christo Redemptore » 

Pape Léon XIII.1900

La Royauté de Jésus-Christ est donc cette « puissance de gouverner ses sujets » qu’il possède en tant que Créateur et Sauveur, « le pouvoir de gouverner un peuple, une nation».


Ce titre de Roi que possède Jésus-Christ est à distinguer de ses autres titres : Seigneur, Sauveur, Rédempteur, Pontife et Docteur. Jésus-Christ, en effet est non seulement :

-Seigneur, en tant que propriétaire et maître de toutes les créatures

-Sauveur, en tant que garant de notre Salut éternel,

-Rédempteur, parce qu’il a payé pour nous la rançon du péché originel

-Pontife, en tant que victime immolée et sacrificateur dans le Sacrifice de la Croix

-Docteur, car il nous enseigne et enfin

-Roi pour gouverner et commander.

Cette Royauté que possède le Christ sur les nations est un réel pouvoir législatif, exécutif et judiciaire.

Il s’agit bien, explique Mgr Nègre d’

« une véritable juridiction, une autorité munie du triple pouvoir de faire des lois, de prononcer des jugements sur les observateurs et les violateurs de ces lois, de décerner des récompenses et des peines suivant les mérites et les démérites et, comme conséquence, d’établir dans la société des délégués ou des magistrats qui participent à la puissance publique et au gouvernement. »

Mgr Albert Nègre.Le Règne social du Sacré-Coeur.1921

Cette Royauté vient compléter les différents titres de Jésus-Christ afin de servir en quelque sorte de garde-fou à la volonté des hommes qui est fragile dans l’application des vertus et à celles des chefs des Nations souvent réfractaire à promouvoir le bien commun.

Pour être précis, explique Mgr Nègre il faut distinguer la Royauté de Jésus-Christ du Règne de Jésus-Christ. La Royauté est le pouvoir, le droit de gouverner, tandis que le Règne est l’exercice effectif de cette Royauté en acte, dans l’ordre des faits :

« La royauté, c’est le pouvoir de gouverner ; le règne, c’est l’exercice de ce pouvoir, ou l’action de gouverner. »

Mgr Albert Nègre.Le Règne social du Sacré-Coeur.1921

Notons que le Christ est roi en droit, mais il délègue ce pouvoir aux pouvoirs établis, il n’exerce pas ce droit directement. Le régime défendu par l’Eglise n’est pas une théocratie.

« Comme roi de toutes les sociétés de ce monde, Jésus-Christ est possesseur en droit, non seulement du pouvoir spirituel, mais encore du pouvoir temporel. Mais, en fait, a-t-il voulu exercer son pouvoir temporel sur la société civile, et l’exercer soit par lui-même soit par son Église ? Non, répondons-nous, ni par lui-même ni par l’autorité ecclésiastique. Il n’était pas dans son dessein d’utiliser ainsi son pouvoir temporel. Il en abandonne l’usage à l’État, aux magistrats civils. »

Mgr Albert Nègre.Le Règne social du Sacré-Coeur.1921

Le pouvoir qu’ont certains hommes de légiférer, de juger et d’exercer l’autorité au sein des nations leur est en réalité délégué par Jésus-Christ et est donc exercé en vertu d’une délégation de pouvoirs. De même que les chefs de l’Eglise dans le domaine spirituel, ils représentent leurs peuples auprès de Dieu dans l’ ordre qui leur est propre, l’ordre temporel et c’est au nom de Dieu qu’ils exercent l’autorité sur les nations.

Jésus-Christ transfère ainsi une partie de ses pouvoirs et ses responsabilités à ces personnes qui lui sont subordonnées, qui sont ses délégataires. Les hommes qui exercent cette autorité rendront compte devant Dieu de ce pouvoir qu’ils ont reçu, car ils doivent l’exercer en conformité avec ses commandements et en vue du bien, c’est-à-dire du salut des âmes.

On voit d’ailleurs que cette doctrine s’oppose frontalement au concept de souveraineté populaire qui est condamné par le Magistère de l’Eglise : l’utilisation légitime du pouvoir ne nécessite pas absolument l’accord des personnes concernées. Au contraire, selon la doctrine du Règne social de Jésus-Christ, la légitimité d’un chef lui vient de Dieu, et non pas du peuple.

Si le Christ n’exerce pas directement sa royauté sur l’ordre temporel comment s’exerce donc ce règne ? « Indirectement », répond Mgr Nègre par l’intermédiaire de la morale et de l’autorité de l’Eglise à laquelle doivent se soumettre les représentants de l’Etat.

« Il règne, disons-nous fermement, il règne sur la société civile, sur l’État ; non cependant par son pouvoir temporel, dont il n’use pas, mais par son pouvoir spirituel. Et ce pouvoir spirituel, il l’exerce sur l’État de trois manières : en lui imposant sa religion, sa morale et l’autorité de son Église. »

Mgr Albert Nègre.Le Règne social du Sacré-Coeur.1921

La forme du gouvernement est donc laissée libre, en revanche quelle que soit cette forme celui-ci doit être subordonné à la loi divine.

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