Ave Maria - G.Caccini

JÉSUS-CHRIST, MODÈLE DE L'ÉDUCATION.

L'éducation doit avoir pour base l'imitation de Jésus-Christ. Nous sommes chrétiens : Jésus-Christ est notre maître. Nous ne serons ses disciples parfaits que si nous reproduisons fidèlement le divin Idéal qui a daigné se placer sous nos yeux par l'Incarnation. Jésus-Christ, tel est donc le modèle sur lequel les parents doivent former leurs enfants. lis leur apprendront à penser, à vouloir, à se comporter dans la vie publique et privée, dans le secret de leur demeure ou de leur cœur, devant les hommes, comme Jésus-Christ. Le Maître a énoncé des maximes. L'amour du Père céleste doit dominer tous nos amours et les sanctifier en les réglant. 

L'autorité descend d'en haut dans les chefs de famille comme dans les chefs de la société, et c'est à Dieu que nous rendons un culte quand nous les honorons.

Les hommes sont l'image de Dieu, et nous devons révérer en eux cette image, fut-elle déformée par le péché ou par la haine. 

Mieux vaudrait la non-existence que de ne pas atteindre le but de la vie, «l'unique nécessaire» auquel tout le reste doit être subordonné. 

Au regard et en concurrence de l'éternelle vie, les richesses, les honneurs et les plaisirs d'ici-bas ne sont autre chose que «le tout» à sacrifier pour acheter «le trésor» et «la perle précieuse», seuls dignes de notre ambition. 

Toutes les créatures qui semblent le plus opposées à notre bonheur, comme la pauvreté, les souffrances, les larmes, les persécutions et les calomnies, si nous en faisons l'usage convenable, deviennent les artisans inconscients mais efficaces de notre éternelle béatitude. 


Ces sentences et une foule d'autres, émanés de la doctrine de Jésus-Christ, trouvent en lui leur réalisation adéquate, car «Il a commencé à faire avant d'enseigner», et Il n'a rien enseigné qu'Il ne l'ait auparavant pratiqué. Et ainsi, il y a deux évangiles : l'Évangile vécu et l'Évangile parlé, et ces deux Évangiles se compénètrent et se corroborent mutuellement, ils conspirent au même but et s'allient dans une merveilleuse unité. Il y a deux Jésus-Christ : Jésus-Christ acteur : enfant, ouvrier, citoyen, thaumaturge, prêtre et victime ; et Jésus-Christ docteur. Mais ces deux Jésus-Christ sont inséparables, ils se confondent dans l'unité de personne, et de dire quel est celui qui apporte à l'autre plus de lumière, qui projette sur le monde plus de vérité et de sainteté, serait impossible, car tous deux sont également divins. 

Or c'est ce Jésus-Christ tout entier, que les parents doivent s'appliquer à faire revivre dans leurs enfants ; c'est cet évangile complet qu'ils doivent leur exposer comme règle unique de la foi et des mœurs, afin qu'étant les membres du corps mystique du Christ, ils prolongent son existence terrestre : «Christianus, alter Christus». 

Aussi aux temps de foi vive et éclairée, où les parents avaient conscience de leurs obligations et de leurs responsabilités, le code chrétien de l'éducation était-il en honneur dans la famille : l'ancien Testament qui «est plein de Jésus-Christ», qui l'annonce et le préfigure, était le livre que les parents lisaient et relisaient. sans cesse, et ils y puisaient les principes et les exemples qui les guidaient infailliblement dans leur tâche capitale ; la Vie de Jésus-Christ surtout, avec le commentaire qu'en ont laissé les apôtres, était le manuel adoré auquel ils revenaient presque tous les jours, et qui leur disait comment il fallait cultiver l'esprit et le cœur de leurs fils et de leurs filles, en faire des citoyens utiles, des enfants respectueux et obéissants, des époux fidèles et de vaillants chrétiens, ils la savaient par coeur, ils la méditaient et s'en inspiraient constamment pour imprimer en eux les traits du céleste Modèle. Qui nous rendra ces mœurs chrétiennes ? cette éducation à la fois si élevée et si forte ? 

L'éducation chrétienne, a-t-on dit, «crée une certaine royauté de l'esprit, elle élève l'homme au-dessus du niveau terrestre, le délivre du joug des rapports humains et développe en lui des principes de courage qui peuvent le conduire jusqu'à l'héroïsme et à la sainteté... Elle le spiritualise, le transfigure, et, en quelque sorte, le divinise». 

On ne saurait s'en étonner, puisqu'elle en fait un autre Jésus-Christ. Pourquoi, aujourd'hui, ce terre-à-terre des conceptions intellectuelles ? Pourquoi ces préoccupations exclusivement utilitaires de bien-être et de jouissances ? Pourquoi cet horizon rétréci à la vie présente et qui se ferme sur l'au-delà ? Pourquoi l'esprit de l'homme est-il devenu charnel ? Parce que le type de l'éducation dans la famille n'est plus Jésus-Christ ; on lui a substitué un idéal païen. 

L'éducation chrétienne trempe le caractère, «durcit la volonté» par l'espérance des biens surnaturels dont elle ouvre la magnifique perspective, par la discipline d'une obéissance universelle qui assouplit l'homme au bon plaisir divin, par le sentiment du devoir qu'elle burine dans l'âme en traits indélébiles, par la méditation du mystère de la souffrance dont elle donne la clé, par la crainte des jugements de Dieu qu'elle développe avec discrétion. Que de vaillance ainsi déposée dans l'enfant, et s'il se laisse façonner par la grâce, s'il en développe le germe par une coopération généreuse et attentive, s'il ne gaspille pas le don reçu, quel héros il sera un jour ! On n'aura à redouter de lui ni les compromissions coupables, ni les lâchetés criminelles, ni les défaillances honteuses. Sa vie sera faite de gloire et d'honneur. 

Le Saint Curé d'Ars, pour exciter les parents à donner à leurs enfants une éducation qui ait pour base et pour principe l'imitation de Jésus-Christ, leur en met d'abord sous les yeux un vivant exemple tiré de la vie des Saints. 

 

«Une veuve, dit-il, qui avait peu de bien, mais de la vertu et du zèle pour le salut de ses enfants, avait une fille âgée de dix ans, nommée Dorothée. Cette petite fille était vive, portée à la dissipation ; la mère craignait que cette enfant ne se perdît avec ses petites compagnes ; elle la mit en pension chez une maîtresse bien religieuse pour la former à la vertu. Elle y fit des progrès admirables dans la piété et retint dans son cœur tous les bons avis que sa maîtresse lui avait donnés ; mais surtout de se proposer Jésus-Christ pour modèle dans toutes ses perfections. Lorsqu'elle fut rendue à sa mère, elle fut l'exemple et la consolation de toute sa famille. Elle ne se plaignait jamais de rien, elle était patiente, douce, obéissante, toujours contente, d'une humeur égale dans ses travaux et dans les croix qui lui arrivaient, chaste, ennemie de toute vanité, respectant tout le monde, ne parlant mal de personne, aimant à rendre service, toujours unie à Dieu. Une telle conduite la rendit bientôt un objet d'estime à toute la paroisse ; mais, comme d'ordinaire, les faux sages, qui sont aveugles et orgueilleux, en furent fâchés; quelques compagnes envieuses entreprirent de noircir sa réputation, la traitèrent d'hypocrite et de fausse dévote. Dorothée recevait cela sans se plaindre ; elle le souffrit pour l'amour de Jésus-Christ et ne laissa pas que de toujours bien aimer celles qui la calomniaient. Son innocence fut reconnue, et tout le monde en eut encore plus d'estime. 

Le curé de la paroisse, admirant en elle les heureux effets de la grâce et le fruit que faisait cette jeune fille parmi celles qui la fréquentaient, lui dit un jour : «Dorothée, je vous prie de me dire en confiance comment vous vivez, comment vous vous comportez avec vos compagnes».

- «Monsieur lui répondit-elle, il me semble que je fais peu de chose en comparaison de ce que je devrais faire. Je me suis toujours souvenue d'un avis que ma maîtresse m'a donné lorsque je n'avais encore que douze ans. Elle me répétait souvent de me proposer Jésus-Christ pour modèle dans toutes mes actions et dans toutes mes peines. C'est ce que j'ai tâché de faire. Voici comment je le fais : «Lorsque je m’éveille et que je me lève, je me représente l'Enfant Jésus qui, à son réveil, s'offrait à Dieu son Père en sacrifice ; pour L'imiter, je m'offre en sacrifice à Dieu, en lui consacrant ma journée et tous mes travaux et toutes mes pensées. Lorsque je prie, je me représente Jésus priant son Père au jardin des Olives, la face contre terre, et, dans mon cœur, je m'unis à cette divine disposition. Lorsque je travaille, je pense que Jésus-Christ, aussi fatigué, travaille pour mon salut, et, loin de me plaindre, j'unis avec amour et résignation mes travaux aux siens. Quand on me commande quelque chose, je me représente Jésus-Christ qui était soumis, obéissant à la Sainte Vierge et à saint Joseph, et, dans ce moment, j'unis mon obéissance à la sienne. Si l'on me commande quelque chose de dur et de pénible, je pense aussitôt que Jésus-Christ s'est soumis à la mort de la Croix pour nous sauver; ensuite, j'accepte de bon cœur tout ce qu'on me commande, quelque difficile que ce soit. Si l'on parle de moi, si l'on me dit des duretés et des injures, je ne réponds rien, je souffre en patience, me souvenant que Jésus-Christ a souffert en silence et sans se plaindre les humiliations, les calomnies, les tourments et les opprobres les plus cruels ; je pense alors que Jésus-Christ était innocent et ne méritait pas ce qu'on lui faisait souffrir au lieu que je suis une pécheresse, et j'en mérite bien plus qu'on ne peut m'en faire souffrir. Lorsque je prends mes repas, je me représente Jésus prenant les siens avec modestie et frugalité pour travailler à la gloire de son Père. Si je mange quelque chose de dégoûtant, je pense aussitôt au fiel que Jésus-Christ a goûté sur la croix, et je lui fais le sacrifice de ma sensualité. Quand j'ai faim ou que je n'ai pas de quoi me rassasier, je ne laisse pas que d'être contente en me souvenant que Jésus-Christ a passé quarante jours et quarante nuits sans manger, et qu'il a souffert une faim cruelle pour mon amour et pour expier les intempérances des hommes. Lorsque je prends quelques moments de récréation, que je suis à causer avec quelqu'un, je me représente combien Jésus-Christ était doux, affable avec tous. Si j'entends de mauvais discours ou que je voie faire quelque péché, j'en demande aussitôt pardon à Dieu, en me représentant combien Jésus-Christ avait le cœur percé de douleur quand il voyait son Père offensé. Lorsque je pense aux péchés sans nombre que l'on commet dans le monde, combien Dieu est outragé sur la terre, j'en gémis en soupirant ; je m'unis aux dispositions de Jésus-Christ qui disait à son Père en parlant de l'homme : «Ah ! mon Père, le monde ne vous connaît pas». Lorsque je vais me confesser je me représente Jésus-Christ qui pleure mes péchés au jardin des Oliviers et sur la croix. Si j'assiste à la sainte messe, j'unis aussitôt mon esprit et mon cœur aux saintes intentions de Jésus, qui se sacrifie sur l'autel pour la gloire de son Père, pour l'expiation des péchés des hommes et pour le salut de tous. Lorsque j'entends chanter quelque cantique et les louanges de Dieu, je me réjouis en Dieu, je me représente ce glorieux cantique et cette heureuse soirée que Jésus-Christ passa avec ses apôtres, après l'institution du sacrement adorable. Lorsque je vais prendre mon repos, je me représente Jésus-Christ qui ne prenait le sien que pour prendre de nouvelles forces pour la gloire de son Père, ou bien je me représente que mon lit est bien différent de la croix sur laquelle Jésus-Christ se coucha comme un agneau en offrant à Dieu son esprit et sa vie ; ensuite je m'endors en disant ces paroles de Jésus-Christ sur la croix : «Mon Père, je remets mon esprit entre vos mains».

«Le curé ne pouvant se lasser d'admirer tant de lumière dans une jeune villageoise, lui dit : «O Dorothée, que vous êtes heureuse ! que de consolations n'avez-vous pas dans votre état ! »

- «Il est vrai que j'ai des consolations dans le service de Dieu ; mais je vous avoue que j'ai bien des combats à soutenir : il me faut faire de grandes violences pour supporter les railleries de ceux qui se moquent de moi et pour surmonter mes passions qui sont très vives. Si le bon Dieu me fait des grâces, il permet aussi que j'aie bien des tentations. Tantôt je suis dans le chagrin , tantôt le dégoût pour la prière m'accable».

- «Que faites-vous, lui dit le curé, pour surmonter vos répugnances et vos tentations ?»

- «Lorsque je suis, lui dit-elle, dans les tortures de l'esprit, je me représente le Sauveur au jardin des Olives, abattu, torturé et affligé jusqu'à la mort ; ou bien, je me le représente délaissé et sans consolation sur la croix et, m'unissent à Lui, je dis aussitôt ces paroles qu'Il prononça lui-même dans le jardin des Olives : «Mon Dieu, que votre volonté soit faite !» Quant à mes tentations, lorsque je me sens quelque attrait pour certaines compagnies, pour les veillées, les danses ou les divertissements dangereux, ou bien lorsque j'ai de violentes tentations de consentir à quelque péché, je me représente Jésus-Christ qui me dit ces paroles : «Eh ! quoi, ma fille, veux-tu donc Me quitter pour te livrer au monde et à ses plaisirs ? Veux-tu me reprendre ton cœur pour le donner à la vanité et au démon ? N'y a-t-il pas déjà assez de personnes qui m'offensent ? Veux-tu te mettre de leur parti et abandonner Mon service ?» Aussitôt, je lui réponds du fond du cœur.

- « Non, mon Dieu, jamais je ne Vous abandonnerai, je Vous serai fidèle jusqu'à la mort ! Où irais-je, Seigneur, en Vous quittant, puisque Vous avez les paroles de la vie éternelle ? » Ces paroles me remplissent dans le moment de force et de courage. 

«Dans les conversations que vous avez avec vos compagnes, lui dit le curé, de quoi vous entretenez-vous ?» 

- «Je les entretiens des mêmes choses dont j'ai pris la liberté de vous parler ; je leurs dis de se proposer Jésus-Christ pour modèle dans toutes leurs actions, de se souvenir dans leurs prières, dans leurs repas, dans le travail, dans les conversations, dans les peines de la vie, comment Jésus-Christ se comporterait lui-même dans ces occasions, et de toujours s'unir à ces divines intentions ; je leur dis que je me sers de cette sainte pratique et que je m'en trouve bien, qu'il n'y a rien de plus grand et de plus noble que de vouloir suivre et imiter Jésus-Christ, et qu'il n'y a rien de si doux que de servir un si bon Maître ». 

«Oh ! heureuse l'âme, conclut M. Vianney, qui a pris Jésus-Christ pour son guide, son modèle et son bien-aimé ! Que de grâces, que de consolations qui ne se trouvent jamais dans le service du monde ! Voilà, mes frères, les consolations que vous auriez si vous vouliez vous donner la peine de bien élever vos enfants et leur inspirer, non pas la vanité et l'amour des plaisirs du monde, mais de prendre Jésus-Christ pour modèle dans tout ce qu'ils font. Oh ! les enfants heureux ! Oh! les parents chéris de Dieu !» 

Puis il ajoute : «Ce n'est pas seulement pour nous racheter que Jésus-Christ est venu, mais encore pour nous servir d'exemple. Il nous dit : «Je vous ai donné l'exemple, afin que vous fassiez ce que vous voyez que J'ai fait». Lorsque saint Jean baptisait Jésus-Christ au Jourdain, il entendit le Père éternel qui dit : «Voici Mon fils bien-aimé, écoutez-le». Il veut que nous écoutions ses paroles et que nous imitions ses vertus. Il ne les a pratiquées que pour nous montrer ce que nous devions faire. Puisque les chrétiens sont des enfants de Dieu, ils doivent marcher sur les traces de leur maître qui est Jésus-Christ lui-même. Saint Augustin nous dit qu'un chrétien qui ne veut pas imiter Jésus-Christ, ne mérite pas le nom de chrétien. Il nous dit dans un autre endroit : L'homme est créé pour imiter le Fils de Dieu qui s'est fait homme afin de se rendre visible et que nous puissions marcher sur ses pas ; au jour du jugement, nous serons examinés pour voir si notre vie a été conforme à celle de Jésus-Christ, depuis sa naissance jusqu'à sa mort. Tous les saints qui sont entrés dans le Ciel n'y sont entrés que parce qu'ils ont imité Jésus-Christ. Un bon chrétien doit donc imiter sa charité» envers Dieu et envers le prochain, sa pauvreté et son détachement des choses de la vie, sa douceur et son humilité, sa patience et sa prière. «Pères et mères, formez vos enfants sur ce beau modèle, proposez-leur souvent les vertus de Jésus-Christ pour exemple».

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