Histoire de saint Ménas. 37. Comme Dieu, par une grâce insigne, ne voulut pas me priver du secours des prières d'un saint père qui était dans ce monastère, il l'appela à lui sept jours avant mon départ. Ce saint homme s'appelait Ménas. Il avait passé cinquante-neuf ans dans cette maison, et avait successivement exercé toutes les charges qui y étaient établies, il était alors le premier, après l'abbé. Or le troisième jour après sa mort, tandis que nous célébrions ses funérailles et que nous faisions les prières accoutumées, le lieu où était son saint corps se trouva tout-à-coup parfumé d'une douce et suave odeur. L'abbé, qui était présent, nous ordonna d'ouvrir le cercueil, et nous vîmes tous que, de ses pieds vénérables, il sortait comme deux sources d'une huile odoriférante. Alors cet excellent maître dans les voies religieuses nous adressa ces paroles : "Vous êtes tous témoins, nous dit-il, de ce miracle; mais sachez que ses travaux et ses sueurs ont été un parfum délicieux et agréable à Dieu." 38. Il avait bien raison; car les pères se mirent à raconter quelques excellentes actions de ce saint homme, et, entre autres, qu'un jour l'abbé avait bien mis à l'épreuve sa patience toute céleste. Voici le fait : Revenant un soir du dehors, il était allé se prosterner aux pieds de l'abbé, afin de lui demander, selon l'usage, qu'il lui donnât sa bénédiction; mais l'abbé le laissa ainsi prosterné jusqu'à l'heure de l'office, qu'il le bénit et lui permit de se relever. Après quoi il lui fit des reproches très sévères sur son ostentation, sa vanité et son peu de douceur et de patience. Or l'abbé ne se conduisit de la sorte que parce qu'il savait avec combien de courage et de générosité ce saint vieillard souffrirait cette humiliante mortification, et combien son exemple servirait à l'édification des autres. C'est ce que m'assura en particulier un des disciples de ce saint moine, et il m'ajouta que lui ayant demandé un jour avec beaucoup d'instance de lui dire si, pendant qu'il était ainsi prosterné aux pieds de l'abbé, il ne s'était pas laissé aller au sommeil; il lui avait répondu naïvement que non, mais qu'il avait récité tout le psautier. 39. Je ne ferai pas la faute de ne pas orner ici mon discours par le récit d'un fait qui le fera briller comme une émeraude fait briller une couronne. Il arriva que, tandis que je vivais au milieu des illustres pères de ce monastère, la conversation tomba sur la vie des anachorètes; or ils me dirent avec un visage plein de douceur et de bienveillance : "Quant à nous, cher père Jean, étant aussi grossiers et aussi peu spirituels que nous le sommes, nous avons cru ne devoir embrasser que la vie qui nous convenait le mieux. C'est pourquoi nous n'avons entrepris qu'une guerre proportionnée à notre faiblesse, et nous avons jugé qu'il était plus avantageux pour nous de n'avoir à combattre que contre des hommes qui s'emportent et s'aigrissent, à la vérité, mais qui reviennent et s'adoucissent, que contre les démons, qui sont toujours en fureur et armés contre le genre humain." 40. Or parmi ces hommes d'une éternelle mémoire, il y en avait un qui m'aimait beaucoup en Dieu, et qui me parlait avec une grande liberté. Il me dit donc un jour, avec une affection toute particulière : "Si vous, mon père, qui êtes si sage, éprouvez la force de celui qui, dans le ravissement de son coeur, s'écriait : Je peux tout en celui qui me fortifie (Phil 4.13); si l'Esprit saint est descendu en vous comme une rosée de grâces et de pureté, ainsi qu'il descendit autrefois dans la très sainte Vierge, et si la force du Très-Haut vous environne par la patience, ceignez vos reins, à l'exemple de l'Homme-Dieu, d'un linge blanc, qui est l'obéissance, et comme Lui, levez-vous de table, c'est-à-dire sortez de la solitude; afin de laver les pieds de vos frères dans l'eau pure de la componction et de la pénitence, ou plutôt jetez-vous à leurs pieds dans les sentiments de l'humilité la plus profonde; mettez à la porte de votre coeur des gardes qui ne s'endorment jamais, et qui ne soient jamais de connivence avec vos ennemis; arrêtez l'instabilité et la légèreté de votre esprit, en le fixant invariablement, malgré les distractions et la dissipation que lui causent sans cesse et l'agitation des affaires et les importunités des sens; conservez un repos parfait au milieu des mouvements et des soins dont la vie est continuellement agitée. Ici-bas; et, ce qui est encore plus rare, plus difficile et plus admirable, demeurez ferme et immobile dans le sein des troubles et des tempêtes qui se succèdent sans cesse. Liez votre langue par les chaînes d'un silence parfait, et empêchez-la de tomber dans des disputes hardies et dans des contradictions audacieuses; combattez soixante et dix sept fois le jour contre cette souveraine impérieuse et tyrannique; portez la croix de Jésus Christ dans votre coeur, et comme on enchâsse une enclume dans du bois, enchâssez de même votre esprit dans elle, de sorte qu'il soit capable de résister à tous les coups, à toutes les tentations, à tous les affronts, à toutes les calomnies, à toutes les railleries et à toutes les injustices qui pourront vous arriver, de manière à n'en être jamais ni blessé, ni offensé, ni agité, ni affligé, ni découragé, ni abattu, mais à persévérer immuablement dans la paix et dans le calme. Dépouillez-vous de votre volonté, comme d'un vêtement d'ignominie, et entrez ainsi tout nu dans la carrière céleste; et ce qui est certainement bien rare et bien difficile, soyez d'une confiance entière et inébranlable dans celui qui doit et veut vous couronner après la victoire, et qu'elle soit telle qu'elle ne puisse être pénétrée ni par les flèches du doute ni par les traits de la défiance. Mortifiez exactement vos sens par les austérités de la tempérance, et prenez bien garde que vous n'ayez à souffrir cruellement de leur fureur audacieuse et insolente. Servez-vous avantageusement de la méditation de la mort pour combattre et vaincre la curiosité de vos yeux, qui ne demandent sans cesse qu'à contempler la beauté des créatures sensibles. Faites en sorte de retenir l'indiscrétion et l'injustice de votre esprit, qui, tandis que vous vous livrez vous-même à la négligence la plus condamnable, vous porte à juger mal des actions et de la conduite de vos frères; et tâchez de le porter à exercer envers eux tous les devoirs d'une charité sincère. C'est par toutes ces choses qu'on pourra connaître que vous êtes véritablement disciples de Jésus Christ, selon sa parole même : "Tout le monde saura, nous dit-Il, que vous êtes mes disciples, si, dans la société qui vous réunit, vous vous aimez les uns les autres, et que vous vous témoigniez une affection mutuelle." (Jn 13.35) "Venez, venez; oui venez ici, m'ajouta cet excellent ami, fixez parmi nous votre demeure, buvez avec nous l'eau amère des mépris et des humiliations; elle deviendra bientôt douce et salutaire. Rappelez-vous que David chercha longtemps ce qui pouvait être le plus doux et le plus agréable à l'homme, sans pouvoir le trouver; mais que s'étant demandé à lui-même quelle pouvait être cette chose, il se fit cette réponse admirable : "Qu'il est bon et agréable de vivre au milieu de ses frères !" (Ps 132,1). Si, cependant Dieu n'a pas jugé à propos de nous faire participer au bien excellent de cette patience et de cette obéissance, il nous sera du moins avantageux de reconnaître notre faiblesse et notre misère, afin que, si nous passions notre vie hors de cette carrière, nous soyons remplis d'estime pour ceux qui la parcourent, et que par nos prières, nous demandions à Dieu les grâces dont ils ont besoin pour combattre courageusement et remporter la victoire." C'est ainsi que ce bon père, cet excellent maître dans la vie spirituelle, me convainquit par des passages et des autorités tirées de l'Évangile et des Prophètes, et par la tendre affection qu'il me témoignait, qu'il n'y avait rien de comparable à la récompense et à la couronne qu'on acquiert, en vivant sous le joug de l'obéissance. Avant de sortir de ce paradis de délices pour rentrer dans les ronces et les épines de mes paroles, lesquelles ne peuvent que vous déplaire, et ne vous être d'aucune utilité, je veux encore vous dire quelque chose des religieux de ce monastère, et des rares vertus qu'ils y pratiquaient: vous y trouverez de grands avantages spirituels. 41. L'abbé de ce monastère ayant remarqué que pendant l'office, auquel j'ai assisté bien des fois, il y avait eu quelques frères qui s'étaient laissés aller à se dire quelques mots, leur ordonna d'un ton fort sévère de demeurer à la porte de l'église pendant tout une semaine, et de se prosterner devant tous ceux qui entreraient ou qui sortiraient, pour leur demander pardon. Or ceux qu'il condamna de la sorte, étaient des clercs; il y en avait même parmi eux qui étaient honorés du sacerdoce. 42. Je remarquai un jour que pendant le chant des psaumes il y avait un moine qui était plus attentif que les autres, qu'il avait une dévotion extraordinaire, et que, surtout au commencement des psaumes et des hymnes, il semblait extérieurement qu'il parlait à quelqu'un. Je le priai donc simplement de vouloir bien me dire pourquoi il en agissait ainsi. "C'est, me répondit-il, afin que, dès le commencement, je réunisse toutes mes pensées et toutes les facultés de mon âme pour leur adresser ces paroles. Venez toutes adorer Jésus Christ notre roi et notre Dieu, et vous prosterner à ses pieds." (prières initiales de l'office, cf Ps 94.1). 43. Je fis encore une attention particulière à celui qui était chargé du réfectoire, et je vis avec étonnement qu'il portait à sa ceinture de petites tablettes, sur lesquelles il écrivait chaque jour toutes les pensées qu'il avait, afin d'en rendre un compte exact à l'abbé qui était a la tête du monastère. Or ce que celui-ci faisait, bien d'autres le faisaient aussi, et j'appris enfin que le supérieur l'avait ordonné. 44. Un frère, pour avoir faussement accusé un autre frère de se livrer à des paroles vaines et bouffonnes, fut impitoyablement condamné par le supérieur à être honteusement chassé du monastère, et à demeurer sept jours entiers dans le vestibule qui était à la porte de la maison, pendant lesquels il ne devait rien faire autre chose que de supplier qu'on lui permît de rentrer, et qu'on lui pardonnât la faute qu'il avait commise. Or il fit cette pénitence de si bon coeur, que l'abbé l'ayant appris, et sachant que pendant les six premiers jours il n'avait rien mangé, lui fit dire que, s'il avait un véritable désir de rentrer dans le monastère, il devait être dans la résolution de vivre dorénavant avec les pénitents; ce que ce frère, vraiment touché de l'esprit de componction, accepta très volontiers. L'abbé ordonna donc qu'on l'introduise, et qu'on le mène au lieu destiné à ceux qui pleuraient et expiaient leurs péchés; ce qui fut exécuté de suite. Mais, puisque l'occasion nous a conduit à parler de ce monastère des Pénitents, je vais vous en dire quelque chose. 45. Ce lieu était à peu près à un mille du monastère; on l'appelait communément la Prison. Toutes les consolations humaines en étaient bannies : on n'y voyait jamais du feu; l'huile et le vin n'entraient point dans la nourriture qu'on y prenait; la nourriture des pénitents était du pain et quelques légumes insipides. L'abbé envoyait dans cette triste maison tous les moines qui, après leur profession religieuse, étaient tombés dans quelque faute considérable, et ils y étaient tellement renfermés, qu'il ne leur était pas libre d'aller ailleurs ni de vivre ensemble, mais seul à seul, et le plus souvent deux à deux. Ils y demeuraient jusqu'à ce qu'il eût plu au Seigneur de faire connaître à l'abbé que leurs péchés étaient pardonnés, et qu'ils étaient réconciliés avec Dieu. Le supérieur général leur avait donné, pour supérieur particulier, un excellent homme appelé Isaïe, lequel exigeait d'eux une prière presque continuelle, et ne leur donnait presque point de relâche. Cependant, pour les empêcher de tomber dans l'abattement et l'ennui, il leur faisait distribuer une certaine quantité de feuilles de palmier, avec lesquelles ils faisaient de petites corbeilles. Telle était la vie, l'état et la discipline de ces pénitents, qui cherchaient avec ardeur à voir la face du Dieu de Jacob. 46. Il est beau d'admirer leurs travaux et leur pénitence, mais il est salutaire de les imiter; et ce serait folie et ne pas connaître la faiblesse humaine, que de vouloir incontinent marcher sur leurs traces. 47. Si donc notre conscience nous fait des reproches mérités, considérons avec douleur, les péchés que nous avons commis, jusqu'à ce qu'il plaise à Dieu de jeter un regard favorable sur la pénitence que nous faisons, sur les efforts auxquels nous fait livrer le désir violent que nous avons de nous réconcilier avec Lui, de recevoir le pardon de nos fautes, et de changer les regrets et la douleur déchirante de nos coeurs en une joie délicieuse, d'après ces paroles du roi-prophète : "Tes consolations, ô mon Dieu, ont rempli mon âme de joie, selon la multitude et la grandeur des douleurs qui ont affligé mon coeur." (Ps 93). Rappelons encore, selon nos besoins, ces autres paroles de David : "Seigneur, qu'elles ont été grandes, nombreuses et cruelles, les afflictions dont tu m'as accablé ! mais enfin tu t'es tourné vers moi,tu m'as rendu la vie, et tu m'as retiré de l'abîme où j'étais tombé." (Ps 70). 48. Heureux donc est celui qui, dans le dessein de plaire à Dieu, se fait violence tous les jours, et supporte avec patience et résignation les mépris et les injures ! Il participera abondamment, n'en doutons nullement, à la gloire des martyrs et à la joie des auges. Heureux le moine qui, dans sa profonde humilité, ne se regarde que comme le plus vil et le plus méprisable des hommes, et ne croit ne mériter que les humiliations et les abaissements ! Heureux celui qui a su faire mourir sa propre volonté, et s'abandonner sans réserve à la conduite du directeur que Dieu lui a donné pour père et pour maître spirituel ! sa place sera à la droite de Jésus Christ crucifié. 49. Mais remarquez bien que l'homme qui ne veut souffrir aucune correction, soit juste, soit injuste, agit directement contre les intérêts éternels de son salut; tandis que celui qui la reçoit avec patience et allégresse, obtient incontestablement le pardon de ses péchés. 50. Présentez donc à Dieu, en esprit et en vérité, la confiance et l'affection que vous avez pour votre père spirituel; et par une grâce singulière, Dieu lui fera connaître l'amour et la tendresse que vous lui portez, et cette connaissance lui inspirera de vous traiter avec douceur et ménagement; et, selon que vous le désirez, il deviendra votre ami dévoué. 51. Ce n'est sûrement pas une petite marque de confiance en son supérieur, que de lui découvrir toutes les tentations qu'on éprouve : on suit assurément la voie du salut; mais on s'en éloigne terriblement, quand on cache dans les ténèbres intérieures du coeur, ces serpents cruels et funestes. 52. Voulez-vous savoir si vous avez pour vos frères un amour solide et véritable, et une affection tendre et sincère, considérez si les péchés dont vous les voyez coupables, vous attristent et vous désolent, et si les grâces abondantes qu'ils reçoivent de Dieu, et les progrès qu'ils font dans la vertu, vous remplissent de joie et de plaisir. 53. Quiconque, dans une discussion quelle qu'elle soit, soutient avec opiniâtreté une opinion même vraie et un sentiment fondé, fait voir qu'il est malade de la maladie du démon, qui est l'orgueil. Si c'est vis-à-vis de ses égaux qu'il en agit de la sorte, il pourra peut-être encore en guérir par la correction qu'il recevra de ses supérieurs; mais si c'est vis-à-vis de ses supérieurs, nous croyons, humainement parlant, que sa maladie est incurable. 54. Comment en effet observera-t-il les règles et les devoirs de l'obéissance dans ses actions, celui qui les viole avec tant d'insolence dans ses paroles ? et ne sera-t-il pas, dans toutes les autres choses plus nécessaires et plus importantes, tel qu'on le trouve dans celles qui sont moins grandes et moins nécessaires ? Aussi devons-nous voir qu'il travaille en vain, et qu'il ne recueillera, de sa prétendue obéissance, qu'un jugement terrible et une sentence de mort. 55. Celui qui, dans des dispositions saintes et des intentions pures et droites, s'est soumis et dévoué entièrement à la volonté d'un sage et zélé directeur, ne voit arriver la mort que comme un doux sommeil, ou plutôt il l'attend et la désire tous les jours comme le commencement d'une véritable vie; car il a la confiance que ce ne sera pas à lui, mais au directeur de son âme, que Dieu fera rendre compte. 56. Celui qui a reçu avec plaisir et sans qu'on ait voulu l'en charger, des mains mêmes de son supérieur, quelques fonctions et quelque charge à exercer; et que dans la suite il lui arrive de faire quelque faute ou quelque faux pas dans l'exercice de cette charge, c'est à lui-même, et non point à son supérieur, qu'il peut s'en prendre, car les armes qu'il a reçues, c'est de son propre mouvement et par sa propre volonté qu'il les a prises. Il devait les tourner contre l'ennemi, et malheureusement il s'en est servi pour se percer le coeur. Mais si, au contraire, c'est malgré lui, après avoir bien fait connaître sa faiblesse. et son incapacité à son supérieur, après l'avoir prié humblement et avec instance de ne pas penser à lui, qu'il est obligé de recevoir cette charge et de se dévouer à cet emploi; il doit avoir bon courage; car s'il vient à tomber, sa chute ne sera pas mortelle. 57. Mais j'oubliais de vous présenter, mes chers amis, un pain délicieux et salutaire pour la nourriture de vos âmes; je veux dire de vous parler de la vertu admirable de ces moines qui, pour s'accoutumer à recevoir avec la plus grande patience et la plus parfaite charité les injures, les affronts et les mépris des autres, s'étaient réunis ensemble pour s'exercer à supporter toute sorte d'humiliations, d'outrages et de mépris. 58. L'âme qui pense sans cesse à confesser ses péchés, trouve dans cette pensée un antidote efficace contre le danger d'en commettre de nouveaux; car nous nous livrons assez facilement aux fautes que nous pouvons ensevelir dans les ténèbres. 59. Ainsi, quoique nous ne soyons pas en la présence de notre supérieur, si, par une vive représentation, nous nous le figurons au milieu de nous, cette image de sa présence ne contribuera pas peu à nous faire éviter avec soin tout ce que nous savons devoir lui déplaire dans nos entretiens, nos conversations, notre repos, notre nourriture et dans toute autre chose; et, en nous conduisant de cette manière, nous pratiquerons une véritable obéissance. Au reste, les véritables et sincères disciples regardent l'absence de leur maître comme un malheur réel, et s'en affligent, tandis que les mauvais s'en réjouissent. 60. Je demandais un jour à l'un des plus vertueux pères du monastère, comment il se faisait que l'obéissance fût la compagne fidèle et inséparable de l'humilité; voici la réponse qu'il me fit : "Celui, me dit-il, qui pratique l'obéissance, n'est pas seulement obéissant, il est encore plein de reconnaissance. Ainsi, quand même il ressusciterait les morts, qu'il posséderait le don des larmes, et qu'il jouirait de la paix souveraine du coeur, il pensera toujours que tous ces avantages, il ne les a que par le moyen de son supérieur, qu'il n'en jouit que par la vertu de ses prières. C'est pourquoi il sera exempt de tout sentiment de présomption et de vaine gloire. Eh ! comment pourrait-il s'en enorgueillir, en croyant que ce n'est pas par ses mérites ni par ses vertus qu'il a toutes ces choses, mais par le secours de son supérieur ? C'est ce qui fait que l'hésychaste est en quelque sorte incapable d'avoir en partage cette humilité intérieure au milieu des choses dont nous venons de parler; car il peut plus facilement croire que c'est par ses propres forces et son industrie qu'il vient à bout de faire les bonnes oeuvres qu'il pratique. |
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